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🎯 Isabelle d'Angoulême : une princesse charentaise Reine d'Angleterre

25/08/2019

 

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En ce jour du 8 octobre de l'an 1200, Londres est en ébullition, toute l'Angleterre est en fête. En ce beau jour d'automne, la toute jeune Isabelle d'Angoulême alors âgée de 12 est couronnée en l'abbaye de Westminster après avoir épousé quelques mois auparavant Jean Sans Terre, devenu roi à la mort de son illustre grand frère Richard Cœur de Lion en 1199. Pourtant, ce n'est pas au roi d'Angleterre, ce roi à la légende noire, que la main de la jeune fille était promise.

 

Une princesse charentaise :

 

Fille unique du Comte d'Angoulême Aymar Taillefer (1160-1202) et de la petite fille du roi Louis VI, Alice de Courtenay (1160-1218), Isabelle voit le jour probablement dans le palais d'Angoulême aux alentours de l'an 1188.
Seule héritière du riche comté d'Angoulême elle devient donc un des parti les plus intéressants de France, d'autant plus que la jeune princesse serait d'après les chroniques de l'époque d'une beauté inouïe et formidablement instruite. Comme personne n'est parfait, un défaut vient ternir un peu son portrait, elle serait dit-on d'un orgueil démesuré. Mais qu'importe ce trait de caractère, pour l'Angoumois, le futur époux saura s'en accommoder.
L'heureux élu est un beau et solide gaillard, Hugues X de Lusignan, Comte de la Marche (1185-1249), fils de Hugues IX de Lusignan à qui justement Jean sans Terre a donné le comté en 1199 et en lui rendant hommage le 28 janvier 1200 il est devenu son vassal.

Les futurs époux sont donc présentés au printemps 1200, pour le plus grand bonheur de tous. Les enfants se plaisent mutuellement, Isabelle disant même que pour « la plus belle, il faut plus le beau ».
Plus qu'une union entre les deux tourtereaux c'est avant tout une union futur entre les deux comtés. Ainsi naîtra un futur état qui sera assez puissants pour résister aux deux grandes puissances qui le prend en étaux : le roi d'Angleterre, Jean sans Terre et le roi de France, Philippe
Auguste (1165-1223).

Une princesse kidnappée ?

 

C'est là que la légende s'invite dans l'histoire de la jeune Isabelle. Depuis la mort de son frère Richard Cœur de Lion le 23 mars 1199 atteint par un carreau lors du siège du château de Châlus, le nouveau roi d'Angleterre, Jean sans Terre est en visite dans ses provinces françaises du Sud-Ouest où vit sa mère, Aliénor d'Aquitaine (~1123-1204). Il serait alors invité au château de Lusignan pour y recevoir les honneurs qui lui sont dus où il croise Isabelle qui y a pris ses appartements en attendant le mariage comme le veut la tradition. Au premier regard, le roi Jean aurait eu un véritable coup de foudre et aurait kidnappé la jeune princesse pour l'épouser.

Loin de cette légende et du coup de foudre, se cache surtout une histoire...de dot. Isabelle, outre sa beauté représente avec le comté d'Angoulême dont elle est l'unique héritière un parti très important. Lorsque Aymar donne sa fille en mariage par « parole de présent », c'est à dire avec un engagement immédiat, Hugues trouvant la belle Isabelle toutefois trop jeune refuse de l'épouser « charnellement » devant l’Église.


 

 

De son côté, toujours sans héritier depuis son mariage en 1186 avec Isabelle de Gloucester, Jean a lancé des démarches en 1196 afin de le faire annuler. Il obtiendra gain de cause en 1199 grâce aux évêques de Poitiers, Saintes et l'Archevêque de Bordeaux Hélie de Malemort, tous trois d'indéfectibles soutient à la lignée des Plantagenêt qui utilisèrent pour y parvenir la cause habituelle des annulations de mariage : la trop proche parenté entre les époux. Il était alors libre de trouver une nouvelle épouse et des ambassadeurs furent envoyer à Lisbonne pour organiser un mariage avec la fille du Roi du Portugal.

Mais, apprenant les intentions des Comtes d'Angoulême et de la Marche celui-ci se ravisa. La crainte de voir naître un état féodal puissant qui en plus couperait toutes communications entre le nord de l'Aquitaine et le sud fut trop grande. Les anciennes velléités entre le duché d'Aquitaine et le comté d'Angoulême étaient aussi bien trop grandes pour laissé celui-ci s'agrandir. Il fallait donc au roi Jean épouser Isabelle au plus vite. Il se mit en chemin pour conclure avec Aymar d'Angoulême une alliance que le père de la belle Isabelle s'empressa d'accepter, l'union de sa fille avec le nouveau roi d'Angleterre et la famille des Plantagenêt étant hautement plus prestigieuse. La jeune princesse ne fut donc pas kidnappé par amour, mais tout simplement ramené à Angoulême pour sceller au plus vite l'accord passé avec Jean.

 

 

C'est ainsi qu'Isabelle fut fiancé à Jean le jour de la fête de la Saint-Barthélémy, le 24 août 1200 dans la Cathédrale Saint-Pierre avant de se marier six jours plus tard à Chinon. Après quelques jours passés en Normandie, que Jean allait bientôt perdre au profit du roi de France, les jeunes époux rejoignirent Londres ou Isabelle fut couronné le 8 octobre 1200, mais aussi ointe par la grâce de Dieu, Reine d'Angleterre, dame d'Irlande, duchesse de Normandie et d'Aquitaine, comtesse d'Anjou.

Contrevenant aux règles féodales et malgré tous les honneurs reçus lorsque, en 1201, les jeunes époux se sont rendus auprès de la cours du Roi de France, Philippe Auguste, le cousin d'Isabelle, Jean est appelé à comparaître devant la Cours des barons. Le verdict est sans appel. Le 28 avril 1202 ses terres normandes lui sont retirées. Tout cela conduira l'Angleterre et la France dans un long conflit qui se terminera le 27 juillet 1214 avec la bataille de Bouvines où Jean est dépossédé définitivement de ses terres normandes, mais également de l'Anjou, du Maine, de la Touraine et de la Bretagne. De retour en Angleterre, afin de sauver sa couronne, il est obligé d'accepter la Grande charte des barons.


Une princesse de retour en Charente :

A la mort du Roi Jean, le 18 octobre 1216, son fils Henri III (1207-1272) lui succède, alors âgé de 9 ans, il est trop jeune pour gouverner seul. Écartée de la cour par les barons et ne pouvant exercer son rôle de régente Isabelle décide de rejoindre sa Charente natale et son comté d'Angoulême où elle est reçue véritablement comme une reine par les angoumoisinsen 1217.
Toujours subjugué par la beauté d'Isabelle, elle n'a que 30 ans, Hugues lui pardonne l'affront dont il fut victime quelques années auparavant et l'épouse au printemps 1220 formant ainsi l'immense état féodal que craignait tant Jean sans Terre en 1200.

Les relations entre Isabelle et son fils Henri III sont tendues, surtout lorsqu'en juin 1224, Hugues X de Lusignan s'allie au nouveau Roi de France, Louis VIII (1187-1226) et laisse les français envahir le Poitou. Il faudra attendre 1230 pour voir mère et fils à nouveau réunis.

Hugues change de camps et s'allie à Henri III, sans doute sous l'impulsion d'Isabelle pour reprendre le contrôle de la Saintonge et de l'Angoumois où depuis la mort de Louis VIII, Louis IX (1214-1270), le fameux Saint-Louis commence à se montrer de plus en plus oppressant. Mais à la suite de la défaite d'Henri III le 21 juillet 1242 à Taillebourg, Hugues se rallie à nouveau au Roi de France.

C'est alors qu'Isabelle se retire à l'abbaye de Fontevraud, nécropole des Plantagenêt, où elle décédera le 4 juin 1246.


 

 

 

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