Lunéas & la prophétie des anciens, tome 1 : Chapitre 11

01/11/2018

 

Chapitre 11

UNE INVITATION CHALEUREUSE

 

 

 

Le groupe continuait son chemin vers le Bois brumeux, pour y retrouver la Résistance. Nos amis, accompagnés de la compagnie royale et des rescapés de Bar-Kara, avançaient en silence.

Naulass remarqua que la fatigue gagnait doucement les villageois. Il arrêta son cheval, et ordonna aux soldats d’établir un campement : ils allaient faire halte ici pour la nuit. Il aida Peter, qui montait derrière lui, à mettre pied à terre, avant de descendre lui-même. Autour d’eux, les tentes commençaient à fleurir, tâches de couleur sur l’épais tapis blanc.

Le froid de l’hiver se faisait plus rude, et la taille des flocons semblait augmenter d’heure en heure. La neige devenait de plus en plus dense. Une buée chaude sortait maintenant lorsqu’ils parlaient ou respiraient, soulignant élégamment la basse température de l’air. Certains commencèrent à allumer des feux pour préparer les provisions qu’ils avaient pu emporter, et pour se chauffer. D’autres s’enfoncèrent dans les bois pour aller chasser le cerf. Les jeunes filles rescapées du massacre des villages arvernes entamèrent une bataille de boules de neige en se les jetant à la figure.

Peter regardait tout le monde s’agiter. Naulass qui chassait pour manger, Jack préoccupé par sa nouvelle copine et les filles qui jouaient entre elles. Il s’éloigna vers les profondeurs de la forêt et s'installa contre un arbre. Il regarda la neige tomber et repensait à son arrivée à Arcane. Il versait quelques larmes de désespoir quand une voix se fit entendre :

 

– Pourquoi pleures-tu, petit enfant des dieux ?

 

Peter regarda autour de lui pour voir qui pouvait lui parler ainsi. Quand il se retourna vers un énorme buisson, il vit un petit être qui devait mesurer à peine un mètre, portant une longue barbe et un bonnet pointu. Peter le fixa dans les yeux quand le nain lui posa de nouveau la question :

 

– Pourquoi pleures-tu, petit enfant des dieux ?

– Mon cousin a été enlevé par le seigneur Alias. Ça me fait bizarre de penser une telle chose, mais il me manque !

– Le manque est un sentiment que tout le monde ressent. Comment t’appelles-tu ?

– Je m’appelle Peter. Et vous ?

– Mon nom est Oldiel. Je rentrais pour dîner avec mon épouse : voudrais-tu te joindre à nous pour ce repas ?

– ça me ferait très plaisir.

– Alors en route ! Nydéis, ma femme, doit mettre la casserole sur le feu en ce moment même.

 

Le nain sautillait sur ses deux petites jambes pour avancer plus vite. Peter le suivit tout en admirant le paysage forestier enneigé. Le phénix rejoignit l’enfant en volant à ses côtés, puis ils traversèrent une bonne partie des bois avant d’arriver face à une immense façade rocheuse où se trouvait le trou d’un terrier. Le nain s’y engouffra, suivi de Peter et de Pourpre.

Ils avancèrent dans un long tunnel de granit, et pénétrèrent dans une grande maison souterraine. Les murs étaient de roche dure ainsi que le plafond qui était, lui, parsemé de racines d’arbres se propageant pour le recouvrir imparfaitement laissant ainsi entrevoir des morceaux de pierres cisaillées naturellement. Le mobilier était en chêne massif, et de nombreuses tapisseries médiévales représentant une licorne et des dryades étaient accrochées aux murs pour enjoliver la pièce.

La cheminée de pierre volcanique, qui se détachait de la roche des murs pour montrer son importance, était ornée de magnifiques petits plats de cuisine en cuivre. Le feu dans l’âtre crépitait et s’enflammait dans un mélange de couleurs harmonieuses, jetant une lumière sur la grande table taillée dans un tronc d’arbre qui trônait au centre de cette mansarde.

La chaleur du feu rendait la salle amicale et accueillante. Tout ici semblait prêt à accueillir des amis, et respirait la convivialité. De nombreuses peintures représentant des nains étaient accrochées sur les piliers qui soutenaient le plafond de roche. Peter s’y intéressa, admirant le travail du peintre.

 

– Ce sont des portraits de nos arrières grands-parents, de nos parents, de notre famille ! De cette manière, nous pensons toujours à eux, expliqua le nain.

 

C’est à ce moment précis que Jack entra à son tour dans la salle. Peter sursauta.

 

– Que fais-tu ici, Jack ? demanda Peter, surpris de cette intrusion.

– Je te retourne la question ! Je t’ai vu partir dans la forêt, et je t’ai suivi. Ce n’est pas parce que je ne suis pas en ta compagnie que je ne garde pas un œil sur toi. Allez, viens ! On retourne au campement !

– Non ! Je dîne avec Oldiel et sa femme ce soir, fit Peter, résolu à ne pas se laisser dicter sa conduite.

 

Deux naines entrèrent dans la pièce avec des paniers en osier remplis de nourriture.

 

– Mon lapin ! dit Nydéis avec tendresse, nous avons une invitée !

 

Elle remarqua les deux jeunes hommes.

 

– Ils sont avec toi, Oldiel ?

– Oui ! Ils dînent avec nous ce soir. Ce sont des amis.

– Tu aurais pu me prévenir quand même ! J’aurais prévu plus de nourriture.

– Que je te prévienne ou pas, c’est toujours la même chose avec toi ! Tu passes tes journées avec Amia ! Je suis seul à longueur de temps !

– Je vais préparer le repas avec les réserves de l’hiver, ne t’en fais pas ! Tu viens, Amia ?

 

*****

 

Un peu plus tard dans la soirée, après qu’ils eurent bien mangé et bien bu, Nydéis apporta du thé et des petits gâteaux secs.

 

– Bon ! Et si nous parlions de vous deux ? Nous avons compris que vous étiez à Arcane pour sauver le royaume. L’autre soir, la bonne nouvelle nous est arrivée par une dryade. Votre venue ici bouleverse tout, et c’est tant mieux. Mais vous devez être conscients que vous ne pourrez pas être faits Chevaliers tant que le nouveau roi ne sera pas monté sur le trône, expliqua Nydéis.

– Que voulez-vous dire par là ? demanda Jack.

– Il y a longtemps de cela, quand le seigneur endormit les dieux, il fit tuer le roi d’Arcane pour prendre le pouvoir. Et seul le roi d’Arcane peut vous sacrer Chevaliers, continua Oldiel.

– Les divinités du Conseil ne sont pas les rois ? demanda Peter.

– Non ! Arcane est régi par plusieurs puissances qu’on appelle les ordres. Un ministère des Ordres fut établi à Lupercale dans l’autre monde. Chaque ordre est représenté par un ministre au sein de ce gouvernement. En premier vous avez les dieux, qui tiennent chacun un rôle dans le royaume, puis vous avez le roi qui dirige et représente le royaume après avoir été sacré par le créateur de ces terres qui est le Grand sage. Ensuite vous avez le conseil de jeunes divinités, et les trois chevaux qui guident les trois Chevaliers sacrés par le roi. Vous retrouvez aussi l’ordre des Clair de Lune, des êtres de pouvoir qui utilisaient, à l’époque, leurs dons pour protéger le royaume. Mais les Clair de Lune ne sont plus à Arcane depuis l’extermination qu’ils ont subie il y a deux mille ans à cause des Serpents. Ils ont dû fuir vers la Terre pour sauver leur peuple et reconstruire leur communauté. C’est pour cette raison que Lupercale a été construite : pour gérer au mieux notre monde, qui est aujourd’hui dispersé entre Arcane et la Terre. Depuis que cette porte intermondes a été ouverte, il a fallu la protéger. Aujourd’hui, ce passage sert surtout à des fins marchandes entre les deux univers pour faciliter le commerce, les études à l’Arcadémie, qui est l’école d’apprentissage des ordres magiques, et les transports pour ceux qui vivent à Arcane et qui travaillent à Lupercale, à l’aide de l’Inter-Express, un train à vapeur qui passe ce grand passage intermondes très régulièrement. Après, vous avez aussi les ascenseurs de voyage dans des ascensogares, mais il n’y en a pas dans notre royaume.

– Arrivera le temps où vous devrez intégrer l’Arcadémie pour apprendre à devenir de valeureux Chevaliers, reprit Nydéis sur un ton encourageant, avec une charmante mimique.

– Il y a aussi l’ordre des Sorciers, des Solaires, des Résineux, des Reptiles et bien d’autres encore ! Il doit y en avoir plus de deux cents en tout, mais le pire de tous reste l’ordre des Serpents, continua Oldiel. Il aurait dû être renversé il y a longtemps, car il peut permettre le retour du Mal, même si toutefois les membres de cet ordre ne détiennent pas vraiment de pouvoir au sein du ministère.

– Comment ça ?

– Ils ne sont que spectateurs lors de cette assemblée : leur droit de vote leur a été retiré à la suite du massacre des Clair de Lune, il y a deux mille ans. Leur ordre existe toujours, parce qu’un ordre continue d’exister tant que ses membres existent. Telle est la loi de « l’interdit supprimé ». Cette loi veut que tous les ordres soient maintenus tant que leur peuple existe. Cela permet de conserver l’équilibre, et d’éviter une insurrection légale pour abus de pouvoir.

– ça a l’air simple, répondit Peter.

– En tout cas, c’est moins compliqué que la politique de notre monde ! renchérit Jack.

– La politique ? C’est quoi ? demanda Nydéis.

– Ne cherchez pas à comprendre ! Déjà que nous ne comprenons pas grand-chose nous-mêmes ! termina Jack.

– Mais une rumeur se propage depuis quelques temps, continua Oldiel.

– Quelle rumeur ? intervint subitement Peter.

– Il se dit qu’un ancien seigneur Serpent est de retour pour accomplir une prophétie, la prophétie qui concerne un certain Mathieu Lunéas.

– Jack, il parle de Matt ! s’inquiéta Peter en fixant son cousin.

 

Jack fut surpris d’entendre le nom de son meilleur ami dans la bouche d’Oldiel.

 

– Il se dit que Victor Darius, l’ancien seigneur Serpent, celui qui a causé le massacre des Clair de Lune, serait de retour et aurait donné pour consigne au seigneur Alias de monter une armée, afin de reprendre la guerre. Victor Darius n’aurait plus d’existence physique, et serait pour l’instant à l’état de spectre. C’est pour cela que, après une bataille, les dieux auraient puni Alias en le faisant prisonnier de son propre palais. Mais il a réussi à recruter des espions pour œuvrer à sa place et pouvoir renverser petit à petit les ordres. Il aurait pour but de prendre le contrôle total du royaume pour pouvoir monter une armée en toute quiétude. Si ce retour de Victor est réel, leur droit de vote pourrait être réinstauré, et ça rétablirait leur pouvoir au sein du Ministère. Un fait qui aurait des conséquences dramatiques.

– Quelqu’un veut reprendre un peu de thé ? demanda la naine.

– Je veux bien ! répondit Oldiel avec impatience.

– Pourrais-tu au moins une fois laisser les invités parler en premier ! Il faut toujours que tu parles avant les autres !

– J’en veux bien d’autre ! marmonna Peter.

– Moi aussi ! continua Jack avec un sourire forcé.

– Amia, tu viens m’aider à faire la vaisselle pendant que l’eau bouillonne ?

– Avec plaisir !

 

Elles passèrent en cuisine, et Nydéis revint dans le salon avec de l’eau et des plantes sèches. Elle mit le liquide dans un petit chaudron, l’installa sur un crochet dans la cheminée au-dessus du feu, vida le sachet d’herbes dans l’eau et retourna à son office.

 

– Quand comptez-vous déclarer cette guerre ? demanda Oldiel.

– Il n’est pas question de faire une guerre ! répondit Jack.

– Nous devons les aider, Jack ! Ils comptent tous sur nous ici ! Toi, tu fais ce que tu veux, mais quand nous aurons retrouvé Erwan, je resterai ici pour les aider ! dit Peter avec fermeté.

– Pourquoi veux-tu risquer ta vie pour un monde qui n’est pas le nôtre ?

– Tu devrais en faire autant ! Que dirait Winna si elle savait que tu ne veux pas rétablir la paix dans son royaume ? Elle ne serait pas contente ! Ils comptent sur nous ! répéta Peter. Cette guerre nous concernera tous à un moment ou à un autre.

– À l’origine, nous devions venir voir notre grand-père pour le soutenir dans sa maladie !

– Moi, je commence à douter !

– Comment ça, Peter ?

– Je pense que si nous sommes allés chez lui ce n’était pas pour lui, mais pour Arcane et cette histoire de prophétie. Avant de traverser la porte, j’ai remarqué que sur l’arche il y avait un trou, comme une serrure. Je pense que c’est Erwan qui a dû activer la porte, avec sa propre clef.

– C’est complètement absurde Peter ! Où aurait-il trouvé cette clef ?

– Grand-père la lui a sans doute donnée.

– Si ce que tu dis est vrai, que vont dire nos mères quand elles s’apercevront de notre absence ?

– Je suis sûre que nous avions un papi qui savait ce qu’il faisait ! Et qui te dit que nos mères ne sont pas de mèche avec lui ?

– Tu vas un peu loin, là ! Nous sommes allés chez lui parce qu’il était malade !

– Que l’on croit ! Je suis certain du contraire, moi !

– En tout cas, je souhaite vous accompagner aux Bois brumeux. Si vous le permettez, bien sûr ! demanda Oldiel.

 

Sa femme, ayant entendu ses paroles, entra brusquement dans le salon et lança, rageuse :

 

– Tu ne vas pas aller avec eux pour la guerre ! C’est trop dangereux !

– Écoute mon lapin, ici c’est notre royaume et nous allons entrer en conflit pour le reprendre et supprimer la menace que représente Victor Darius. Nous ne pouvons pas vivre éternellement dans la crainte !

– J’ai compris ce que voulait dire Peter ! Je vais aider votre royaume ! Nydéis, si vous avez peur pour votre mari, laissez-le au moins demander aux habitants qu’ils nous rejoignent aux Bois brumeux ! Je pense que le Conseil en serait ravi !

– Très bien ! renonça la naine. Tu vas partir avec eux ! Et vous, les enfants des dieux, vous faites attention à mon Oldiel. Sinon je vous botte le derrière à coups de badine ! dit-elle en agitant une spatule en bois.

– C’est compris, Nydéis ! répondit Jack en souriant.

– On fera attention à lui, c’est promis ! continua Peter.

– Bien ! Je vais préparer tes affaires, mon poussin !

 

Sur ces mots, Nydéis quitta la pièce.

 

– Il faut toujours qu’elle fasse les choses à ma place ! J’ai beau lui dire que je suis capable de le faire tout seul, elle ne peut pas s’en empêcher ! critiqua Oldiel en se grattant la tête.

 

Jack et Peter rirent des dires du nain.

 

– Juste une question : nous sommes loin des Bois brumeux ? demanda Jack.

– Non : il ne vous reste que quelques jours de marche avant d’y arriver ! Quand j’aurai fini de mobiliser les habitants pouvant se battre, je vous rejoindrai là-bas !

 

La femme d’Oldiel revint dans le salon et lui donna son bagage.

 

– Voilà mon chéri ! Et fais bien attention à toi !

– Ne t’inquiète pas : je te reviendrai ! la rassura-t-il. Nous pouvons y aller, les amis

 

Ils quittèrent alors tous les trois la maison d’Oldiel.

 

– Vous ne voulez pas reprendre du thé ? demanda Nydéis désespérée.

 

Mais il était trop tard pour qu’ils entendent. Amia revint dans le salon :

 

– J’ai terminé de faire la vaisselle ! Je voudrais bien encore un peu de thé ! lui demanda-t-elle.

 

Nydéis se retourna et la regarda, contente.

 

*****

 

Dehors, nos amis marchaient sur la neige, qui craquait sous leurs pas.

 

– Grâce à vous, mes amis, je vais pouvoir rencontrer le Conseil et Merlin ! s’excita Oldiel.

– Mais nous n’avons aucun remerciement à recevoir de votre part : il est tout à fait normal que vous vouliez aider votre royaume ! lui expliqua Jack.

 

Mais à ce moment-là, Lupus et sa bande de hyènes se dressèrent devant eux en leur barrant le chemin.

 

– Où allez-vous donc comme ça, les amis ? Pas trop loin, j’espère ! Nous avons des ordres, et ces ordres sont de vous tuer ! Étant donné que vous êtes loin de votre camp de base pour la nuit, vous allez nous faciliter la tâche, leur annonça Lupus. Nous vous suivons depuis votre départ de Bar-Kara.

 

Les hyènes grognèrent, mais Jack ramassa un bâton et se mit à frapper les bêtes avec force. Peter attrapa le nain et ils se mirent à courir dans les bois, suivis par les hyènes qui les pourchassaient avec rage. Après une course effrénée, ils arrivèrent face à un ravin, au fond duquel on pouvait distinguer une immense rivière, qui coulait vers une gigantesque cascade. Peter et Odiel étaient coincés : les hyènes les encerclaient de toute part.

 

– Vous ne pourrez pas aller bien loin bande d'insectes ! Vous êtes morts ! dit Lupus avec hâte.

 

Jack et Peter se prirent par la main quand une des hyènes leur sauta dessus. Sous le choc, ils tombèrent tous les quatre dans l’eau.

Plus de trace, ni de vie. Lupus et les autres examinèrent minutieusement le fond du ravin, afin de les apercevoir, mais en vain. Ils avaient disparu. La cascade continuait à déverser son flot bruyant comme si rien ne s’était passé.

Après quelques minutes de surveillance, et ne voyant toujours rien, Lupus et sa bande repartirent pour chercher plus loin, avec l’espoir qu’ils étaient vraiment morts.

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June 13, 2019

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