Lunéas & la prophétie des anciens, tome 1 : Chapitre 7

28/10/2018

 

Chapitre 7

LA FORÊT ENCHANTÉE

 

 

 

Le voyage pour rejoindre l'enchanteur était des plus fatigants. Le soleil commençait sa descente vers l’ouest quand les garçons furent éblouis par la beauté que leur offrait le ciel. Une énorme lune rouge était apparue. Elle semblait beaucoup plus proche que l'unique satellite naturel de la Terre. Elle était immense et majestueuse et l’on pouvait croire qu’elle allait s’écraser, mais ce n’en était évidemment pas le cas.

 

Jack et Peter s’arrêtèrent pour apprécier ce ciel d’un rouge éclatant, dans lequel le soleil et la lune étaient en parfaite communion.

 

– Cette lune s’appelle Espérance, expliqua Naulass aux garçons.

 

Mais la beauté du moment était gâchée par le poids des épées qu’ils portaient.

Le temps commençait à rafraîchir et le vent à souffler. Peter tomba genoux à terre en expliquant qu’il ne pouvait pas faire un pas de plus. Naulass le débarrassa de son arme et la rangea sur son dos. Il regarda son cousin en souriant, mais Jack ne put s’empêcher de lui répondre que, pour lui, l’épée n’était pas si lourde que ça. Naulass leur proposa alors de faire un arrêt des plus mérités pour la nuit, qui commençait à tomber. Jack fut le second à répondre positivement, après son cousin, à cette proposition.

 

Ils pénétrèrent alors dans une forêt lugubre, qui ne laissait passer aucun rayon de soleil. Peter était des plus terrifiés à l’idée d’entrer dans ce bois sombre en pensant naturellement qu’il pouvait s’y trouver des monstres en tout genre, vu l’attaque qu’ils avaient subie dans la matinée même. Il pensait aussi qu’il pouvait y avoir des loups qui pourraient les dévorer dans la nuit.

Il serra alors très fort la main de Jack pour lui signifier la terreur qui s'était emparée de lui. Jack fut de savoir que, s’il y avait un problème, son cousin viendrait vers lui pour lui demander de l’aide ou pour qu’il le réconforter afin de le rassurer.

Naulass leur expliqua que cette forêt était une forêt amie, et non un bois lugubre qui pourrait les tuer. Peter garda quand même sa main dans celle de Jack.

 

Il était vrai que la forêt était terrifiante. Il n’y avait pas de lumière, les arbres devenaient des formes étranges, et leur taille leur donnait un aspect effrayant. Il y avait énormément de banians aux racines aériennes, et d’autres grands arbres dont les racines formaient de nombreux arceaux : des chamearops, ces palmiers de petite taille qui poussent en pleine terre, des cognassiers qui poussaient aussi çà et là… Des nids de cortinaires envahissaient les pieds des arbres. De grandes étendues de mousse tapissaient le sol.

 

Naulass se mit à siffler, comme pour appeler un cheval. Des êtres minuscules arrivèrent en courant à une vitesse phénoménale. C’était des leprechauns, que l’on désignait aussi comme les êtres des forêts, ou encore les gardiens des arbres.

 

– Petits leprechauns, mes compagnons et moi voudrions passer la nuit dans votre forêt, demanda respectueusement Naulass.

– Vous êtes un elfe ? répondit le leprechaun avec une petite voix.

– Oui ! Cela vous dérange-t-il ? demanda l’elfe, inquiet.

– Non, mais ces deux nains ne seront pas admis chez nous ! répondit le petit avec fermeté.

– Ce ne sont pas des nains, mais des enfants des dieux. Ils viennent pour sauver Arcane.

– Très bien. Alors notre demeure sera la vôtre pour la nuit, et nous la passerons avec vous bien entendu ! Je m'appelle Sirius, dit-il avec orgueil en faisant une révérence aux garçons.

 

Tous les leprechauns se mirent à monter des couchettes de brindilles à grande vitesse. Jack et Peter étaient impressionnés par la célérité de ces petits êtres.

 

Si petits, mais tellement rapides ! pensa Peter.

 

Ils allumèrent ensuite un feu de camp qui éclairait fort bien les parages. Les femmes leprechauns apportèrent de la nourriture pour leurs nouveaux amis. Tous vinrent s’asseoir autour du feu et mangèrent à leur faim.

Quand la nuit fut bien avancée, les leprechauns allèrent se coucher sur la mousse tendre et odorante. Biquette alla elle aussi s’étendre sur une des couchettes autour du feu. Les garçons et l’elfe restèrent encore un peu éveillés pour discuter.

 

– Pourquoi leur avoir dit que nous allions sauver Arcane ? Nous ne sommes pas là pour ça ! On vient juste récupérer notre cousin Erwan. Le destin de votre monde ne dépend pas de nous ! C’est votre combat, pas le nôtre, dit Jack avec franchise.

– Je comprends ce que vous ressentez, mais vous allez bientôt sentir que vous n’avez pas le choix. Et là, vous vous joindrez à nous pour défendre Arcane. Notre royaume a besoin de vous, les garçons ! répondit Naulass.

– Juste une question comme ça, par curiosité : comment saviez-vous que nous étions en danger ce matin ? demanda Peter.

– L'enchanteur a senti l’appel de la clef. Elle se met à briller quand les chevaliers disparaissent, expliqua Naulass. Cette clef permet aussi d’ouvrir le passage qui mène à Arcane. Ensuite l’enchanteur a prédit que vous vous feriez attaquer par les hyènes et leur chef de bande Lupus. Il m’a donc envoyé vous chercher sur les collines de Beinur.

– Pourquoi le leprechaun nous a fait une révérence tout à l’heure ? demanda encore Peter.

– Car je lui ai dit que vous alliez sauver Arcane ! répondit Naulass avec le plus d’honnêteté possible.

– Pourquoi vous vous obstinez tous à croire que nous allons vous aider à reprendre vos terres ! fit Jack avec énervement.

– Parce que si le seigneur n’avait pas éliminé tous les hommes des dieux du royaume, la Prophétie n’aurait pas fait appel à vous ! Aujourd’hui, vous êtes tous les trois notre seul espoir !

– Ne comptez pas sur nous ! Peter et moi, nous récupérerons Erwan quand nous l’aurons retrouvé et nous repartirons chez nous, que ça vous plaise ou non ! s’énerva Jack qui alla se coucher sans dire un mot de plus.

 

Naulass ne s’en formalisa pas.

 

– Je vais aller me coucher aussi, Monsieur Naulass. Bonne nuit ! fit Peter à l’elfe.

 

Peter partit s’allonger sur la couchette où se trouvait Biquette, qui dormait déjà profondément. Naulass fixa le feu et se mit à penser, puis il se tourna vers les deux garçons, qui s’étaient aussitôt endormis. Il les contempla avec tendresse et amour, en songeant qu’ils étaient leur dernier espoir pour accomplir le début de la prophétie Lunéas.

Puis, il leva la tête vers le ciel et admira les milliers d’étoiles qui l’inondaient. Une larme coula le long sa joue droite. Il alluma une torche dans le feu et s’enfonça dans la forêt. Il planta sa torche dans la mousse moelleuse, et sortit de son sac une flûte. Quand il se mit à en jouer, une silhouette de femme, faite de feuilles d’arbre et de brindilles de bois, apparut devant lui. C’était une dryade, une nymphe des arbres et des bois. Divinités féminines représentées sous les traits d’une jeune fille, elles personnifiaient différents aspects de la Nature.

 

– Dryade ! dit Naulass en lui faisant une révérence.

– Qu’y a-t-il, elfe ?

– Parcours le plus vite possible les forêts et les bois d’Arcane, afin de répandre une nouvelle des plus joyeuses !

– Et quelle est cette nouvelle ?

– Informe tout le monde que trois enfants des dieux sont ici pour sauver le royaume ! Que tout le peuple arcanien apprenne la nouvelle ! Cela doit absolument venir aux oreilles du Conseil, pour qu’ils sachent que j’ai récupéré les nouveaux Chevaliers de la Prophétie !

– J’y souffle, elfe !

 

La dryade disparut. Un vent délicieusement mélodieux siffla doucement dans les bois, faisant danser les arbres. Leur feuillage produisait un son extraordinaire. Tous les animaux des bois sortirent de leur habitat pour écouter la mélodie parlante du vent, vecteur du message envoyé par la dryade.

Des lapins, des cerfs, des sangliers, des chouettes, des souris, de biches et leurs petits, des ours, des blaireaux, des chevreuils, des singes, des coatis, des cobayes, des desmans, des faucons, des aigles, des fennecs, des renards, des pandas, des panthères, des perdrix… Tous écoutèrent le message avec attention. Les oiseaux s’envolèrent pour répandre la nouvelle, et les animaux qui pouvaient courir très vite partirent à la rencontre des habitants des autres bois, afin qu’ils propagent eux aussi la déclaration de Naulass.

L’elfe reprit sa torche et retourna au camp pour s’y coucher.

 

*****

 

Alors que tout le monde dormait, Peter fit un cauchemar et se réveilla en sursaut. Il était en sueur et tremblait.

 

Quel rêve ! pensa-t-il.

 

Il se leva et remarqua que le feu commençait à s’éteindre. Il ramassa du bois bien sec, et le mit sur les braises encore brûlantes. Il souffla pour attiser le feu qui ne tarda pas à repartir. Il se releva, content de son action, arracha de la terre une torche pour l’allumer, et s’enfonça plus profondément dans le bois. Quand il vit un bel arbre, il planta sa torche dans la terre et déboutonna son pantalon pour se soulager.

Une racine d’arbre le fouetta aux fesses puis il entendit une grosse voix :

 

– Ne recommence plus jamais ça, petit enfant des dieux !

 

Peter prit peur d’abord pour la claque, puis pour les paroles dont il était incapable de dire d’où elles venaient. Il reboutonna son pantalon et reprit sa torche.

 

– Qui est là ? dit-il sans bouger.

– L’arbre, derrière toi, répondit-il là où Peter avait uriné.

 

Peter se retourna et resta bouche bée quand il aperçut que le résineux avait des yeux, un nez et une bouche.

 

– Vous pouvez parler, vous, les arbres ?

– Tu as uriné sur mon tronc !

– Oh ! Excusez-moi ! Si j’avais su que vous étiez vivant, j’aurai fait ça sur un autre arbre.

– Tous les arbres sont comme moi. Je me nomme Arbor, et toi ?

– Moi, c’est Peter Adamson.

– Enchanté de te connaître, Peter Adamson. Que fais-tu dans ces bois ?

– Avec mon cousin et un elfe, nous allons retrouver un enchanteur. Nous cherchons notre cousin Erwan.

– Quand va commencer la bataille, Chevalier des Clair de Lune ? demanda l’arbre soudainement.

– Nous ne prévoyons pas de faire une guerre, nous voulons savoir où est Erwan.

– Je peux t’offrir mon aide, si tu le désires.

– Oui je veux bien, mais ce sera quoi ?

– Grimpe sur ma branche, répondit Arbor. Nous allons voir les vieux catalpas.

 

L’arbre lui présenta une branche et Peter y monta. Arbor se déracina et entama une marche lente et saccadée à travers la forêt. Peter s’accrochait le plus possible à de petites branches pour éviter de tomber puis, quand il eut réussi à bien se cramponner, il admira le paysage nocturne qui s’offrait à lui grâce à la hauteur de l’arbre.

En se retournant, Peter pouvait voir au loin le nuage de feu qui se trouvait au-dessus de la forteresse du seigneur Alias, puis il regarda de nouveau dans le sens de la marche. Un petit vent frais et agréable soufflait dans le visage du jeune homme qui en profita pour le savourer. Le vent était d’une douceur incomparable à tous les vents qu’il avait pu sentir jusque-là. Une savoureuse odeur s’en échappait. L’odeur de feuille était celle que l’on percevait le mieux parmi tant d’autres. Peter demanda à l’arbre d’où elle venait et celui-lui répondit :

 

– Ce sont les catalpas qui dansent sous la pleine lune, mon ami ! s’expliqua l’arbre.

– Pourquoi, Arbor ? demanda Peter.

– Nous, les arbres, nous faisons la fête à chaque pleine lune pour remercier le destin de nous avoir laissé vivre en tout ce temps. Car le seigneur nous fait abattre si nous lui laissons voir que nous sommes encore en vie ! pleura l’arbre.

– Pourquoi tant de cruauté dans votre royaume ? s’exclama Peter.

– Le seigneur en a décidé ainsi ! Il a pris plein pouvoir et voudrait exterminer tous les êtres bénéfiques d’Arcane pour avoir le contrôle total du royaume ! Si vous êtes trois enfants des dieux comme tu le prétends, alors vous êtes notre dernier espoir ! Sinon Arcane croulera dans les Enfers et deviendra le royaume que tous les autres royaumes redouteront ! se justifia l’arbre. Attention à toi, petit enfant des dieux ! Nous arrivons à la réunion des catalpas !

 

Peter se cramponnait le plus possible à l’arbre, qui commença à descendre un chemin escarpé. Il crut qu’il allait tomber au moment où l’arbre trébucha sur un petit rocher, mais l’arbre le retint. Le jeune garçon s’accrocha de plus belle à leur arrivée sur une petite place déboisée, où les catalpas s’étaient rejoints pour danser et chanter à la lumière de la lune.

Leur chant était si mélodieux que Peter se laissa bercer au point de s’endormir, mais la démarche saccadée de l’arbre le maintint éveillé. Arbor se joignit à la petite réunion et prit la parole :

 

– Mes bien chers frères de bois et de sève ! J’ai une mission des plus périlleuses à vous confier !

– Et quelle est-elle ? répondit un des catalpas d’une voi lente.

– Si nous partons dès ce soir, dans trois jours nous arriverons au palais du seigneur pour lui livrer bataille !

– Et pourquoi devrions-nous livrer bataille à Chair-Dere ? demanda le catalpa.

– J’ai sur l’une de mes branches un enfant des dieux, qui a deux cousins de sang, et l’un d’eux y est prisonnier !

– Si ce sont les trois enfants des dieux qui accompliront la Prophétie, alors nous irons nous battre pour libérer le petit être. Mais seulement si cet enfant nous assure qu’il sauvera Arcane avec ses cousins !

 

Tous les arbres se tournèrent vers Peter, qui pour le coup ne savait pas trop quoi dire. Puis, après une longue hésitation, il s’engagea, comme le demandaient les arbres, à sauver Arcane avec ses cousins. Alors, tous les catalpas se mirent à pousser des cris sourds et rauques.

Ce n’était plus la douce mélodie du chant de tout à l’heure, mais un cri de guerre à la façon des arbres. Peter était émerveillé par ce spectacle, qu’il contemplait attentivement. Il ne percevait pas de haine chez les catalpas, mais seulement un appel aux armes des plus amicaux. Soudain, ils cessèrent de crier.

 

– Comment savez-vous qu’Erwan se trouve dans le palais du Seigneur ? questionna Peter.

– Mon cher ami, répondit l’arbre, la magie se trouve dans l’Air, mais aussi dans la Terre. C’est ce qui nous permet de parler et de nous déplacer. Et grâce à la terre, nous pouvons tout ressentir : les peurs, les cris, les douleurs, les joies, l’amour ! La Terre est un conducteur sensoriel très puissant ! Si tu apprends à la maîtriser, tu pourras l’entendre parler, et tu pourras alors agir à bon escient !

– Comment faut-il faire pour la maîtriser, Arbor ? demanda Peter.

– La Nature possède des pouvoirs que tu ne soupçonnes certainement pas encore, enfant des dieux. La force des éléments est une puissance magique à la portée universelle, celle par laquelle chaque chose est régie dans notre monde. Les éléments naturels relâcheraient des forces prodigieuses s’ils n’étaient pas maîtrisés ! Tel est le devoir des quatre esprits élémentals : receler en leur sein l’essence de la Terre, du Feu, de l’Eau et de l’Air ! termina l’arbre.

– C’est quoi, un esprit élémental ?

– Le sylphe est le puissant roi des airs. L’ondin est le maître des flots. La salamandre est le symbole du Feu éternel, et le gnome est la puissance de la Terre, lui répondit l’arbre.

– Je veux maîtriser la Terre ! s’empressa Peter.

– Patience mon petit, patience ! Il te faudra d’abord l’invoquer par la géomancie !

– Et comment fait-on ?

– Pour cela, seul un enchanteur pourra te guider !

 

Peter se rappela leur destination. Il comprit alors que dans ce royaume il pouvait en apprendre beaucoup et pour lui, c’était tout décidé : il fallait absolument aider tous ces gens à sauver Arcane, pour éviter que tout disparaisse. Il s’en fit le serment.

Soudain, la terre se mit à trembler. Des cris de gros animaux se firent entendre. Peter se demanda ce que cela pouvait être.

 

– Ils arrivent ! s’extasia l’arbre.

 

Des dizaines et des dizaines d’arbres se joignirent à la petite réunion… qui devint grande. Il y avait des chênes, des bouleaux, des érables, des cèdres, des cactus, des cacaoyers, des baobabs, des aulnes, des araucarias… et plein d’autres encore ! Tous se regroupèrent au moment où des reptiles géants vinrent aussi les rejoindre. Peter pouvait reconnaître ces animaux qui n’existaient plus dans son monde : c’étaient des dinosaures. Des diplodocus, des brachiosaures, des tricératops, des s, des stégosaures et bien d’autres encore arrivèrent eux aussi au rassemblement. Un brachiosaure prit la parole avec une certaine sagesse :

 

– Que se passe-t-il pour que le cri de guerre soit envoyé ? demanda-t-il en s’adressant aux arbres.

– Nous allons attaquer Chair-Dere dans trois jours pour récupérer un enfant des dieux qui sauvera notre royaume ! répondit un des catalpas.

– Oui, nous sommes tous au courant ! Le Sylphe et les dryades ont fait circuler le message qui disait que trois hommes des dieux étaient à Arcane ! Alors, nous allons nous battre pour le royaume ! cria un diplodocus.

– Qu’il en soit ainsi ! cria un stégosaure.

– Pourquoi dans trois jours ? s’étonna Peter.

– La route sera longue, car nous marchons lentement !

– En route les amis ! hurla un des catalpas.

 

Tous les arbres et les dinosaures prirent la route du sud pour y rejoindre les montagnes des Ténèbres. Une véritable armée d’arbres et de dinosaures venait de se monter, et ils étaient nombreux, plus que Peter ne pouvait l’imaginer. Sans compter, mais en regardant rapidement, ils devaient être plusieurs centaines.

Arbor ramena Peter à l’endroit où il l’avait rencontré.

 

– Tu nous rejoindras à Chair-Dere pour récupérer ton cousin ! Maintenant, va retrouver les autres et repose-toi, car tu en auras besoin !

– À bientôt Arbor ! dit Peter en le saluant.

 

Peter regarda l’arbre rejoindre les autres pour l’expédition puis, quand il ne le vit plus, il retourna au camp et se coucha contre Jack, qui le prit dans ses bras pour le réchauffer. Ils se rendormirent tous les deux.

Au petit matin, Naulass se réveilla le premier. Il regarda ses compagnons dormir, et ramassa son arc et ses flèches qu’il avait soigneusement posés contre un arbre la veille. Il s’engouffra dans la forêt et entreprit de chercher un animal à tuer pour manger au petit déjeuner. Il scruta les alentours avec minutie. Ne voyant rien apparaître, il sortit sa flûte et joua une musique très mélodieuse quand soudain apparut un chevreuil aux yeux rouges.

 

– À nous deux, chevreuil du Mal ! murmura Naulass.

 

Il prit son arc, y positionna une flèche, banda la corde doucement pour ne pas la faire craquer, fixa l’animal de ses yeux et lâcha la flèche qui s’envola gracieusement vers le chevreuil en tournant sur elle-même. Elle fonça à vive allure et se planta dans le flanc de la bête, qui n'avait pas eu le temps de s’enfuir.

La flèche s’enfonça profondément, le clouant au sol mousseux baigné de son sang. Naulass s’avança vers lui, un couteau à la main. L’animal le regarda en essayant de se relever et se recoucha tout en lâchant le sang répandu sur sa bouche. L’elfe l’acheva en lui tranchant la gorge, et l’animal ferma ses grands yeux pour mourir silencieusement. Naulass s’agenouilla aux côtés du chevreuil et commença à le dépouiller puis le vider, et en retira les morceaux de viande les plus tendres.

 

Peter se réveilla à cause de la lumière resplendissante du soleil et se leva. Il vit Naulass en train de cuire de la viande sur le feu qu’il avait rallumé. Le jeune garçon sentit la bonne odeur que qui se dégageait.

 

– Du chevreuil, et des baies des bois ! prononça Naulass.

 

Peter n’était pas encore bien réveillé, mais l’odeur du repas l’aida un peu.

 

– Il est déjà midi ? demanda Peter.

– Non ! Le soleil ne s’est levé qu’il y a deux heures ! C’est encore le matin, mon ami !

 

Peter alla s’asseoir près du feu où cuisait le repas. Tout à coup, une racine d’arbre souleva Jack, ce qui le réveilla brusquement. Il se mit à crier et Peter et Naulass rirent tous les deux du sort de Jack. L’arbre qui le soulevait rigola lui aussi, réveillant tous les leprechauns qui se ruèrent sur Jack pour le faire descendre. Le jeune homme, de peur, vint se cacher aux côtés de l’elfe en rampant sur le sol.

 

– Cet arbre est vivant ! cria-t-il.

– C’est un ami ! Tous les arbres sont des alliés à Arcane ! lui répondit Peter.

– Non pas tous. Certains sont du côté du Seigneur ! rétorqua Naulass.

 

Biquette, se réveilla à son tour et étendit ses membres pour les dégourdir. Elle s’avança près du feu en sentant la bonne odeur de viande cuite.

 

– Les arbres aussi peuvent parler, à Arcane ? questionna Jack.

– La magie n’est pas seulement dans les airs, mais aussi dans la terre ! répondit Peter.

– Toi, tu as fait quelque chose cette nuit, Peter !

– Il a simplement parlé avec la forêt ! dit Naulass.

– Comment le savez-vous ?

– Je maîtrise la terre et l’air, mon ami !

 

Peter le regarda avec admiration, en espérant un jour devenir comme lui.

 

– Il nous faut manger et reprendre la route ! Nous ne mettrons pas très longtemps à rejoindre la chaumière de Merlin si nous marchons bien !

 

Ils se mirent tous à manger le repas que Naulass avait soigneusement préparé, et reprirent la route par la forêt en longeant le précipice après avoir remercié les leprechauns de leur hospitalité pour la nuit.

Peter salua l’arbre qui avait réveillé son cousin, qui était certainement un ami d’Arbor, et rejoignit les autres pour le voyage.

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June 13, 2019

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