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Interview : Violaine Ascarel

07/09/2018

Pouvez-vous vous présenter en tant qu’écrivain ?

J’ai entendu, il y a des années, l’actrice Dominique Blanc dire que si elle n’avait pas fait de théâtre, elle se serait éteinte. Cette phrase m’est restée car je ressens exactement la même chose, à mon niveau, avec l’écriture. Il m’a fallu du temps pour me lancer dans un véritable projet mais j’ai fini par oser m’emparer de ce désir, sous peine d’y laisser ma vitalité. Bien sûr, ce premier livre ne fait pas de moi une écrivaine et il me reste encore beaucoup de chemin à parcourir. J’ai choisi mon nom de plume, c’est un début…

 

Comment êtes-vous entrée dans le milieu littéraire ?

A vrai dire, je compte sur vous pour m’aider à y entrer !

 

Pouvez-vous nous présenter vos livres ?

Mon livre est lié à ce que j’ai vécu, je peux difficilement le cacher. C’est peut-être à la fois son atout et son handicap. Son atout car il est, je crois, directement irrigué par ce qui m’a traversée et son handicap car un témoignage est rarement perçu comme un objet littéraire. C’est donc un épisode de ma vie qui a servi d’élément déclencheur, à savoir la période pendant laquelle mes enfants ont été gardées par une assistante maternelle. J’en ai été ébranlée d’une part à cause des brimades qu’avait subies mon aînée et dont moi aussi j’avais fait les frais, et d’autre part parce que je m’en suis sentie affreusement responsable. Pour la première fois peut-être, je n’avais pas été la seule à pâtir de mes faiblesses : j’y avais entraîné mes propres enfants et cela m’était difficile à supporter.

 

Pouvez-vous nous parler de vos projets futurs ?

Pour le moment, je ressens le besoin d’affûter mes outils, de trouver plus d’aisance dans des textes brefs avant d’entreprendre un nouvel écrit au long court. Il y a cependant des thèmes récurrents comme ce qui touche aux liens familiaux avec leur part de non-dits, ce qu’induisent les codes sociaux en termes de comportement et de mentalité, et ce qui fait, dans les petites choses du quotidien, la violence des relations humaines. Sans doute un peu ambitieux comme programme !

 

Quelles sont vos motivations à écrire des histoires ?

J’ai beaucoup de mal à inventer des histoires et me reproche souvent mon manque d’imagination. Mais peut-être qu’au fond cela ne m’intéresse pas tellement, d’imaginer. C’est d’abord ce que j’observe, en moi et autour de moi, qui me pousse à écrire. Je m’efforce de formuler ce qui nous anime, nous blesse, nous conduit à occuper telle ou telle place parmi nos semblables. Je m’efforce d’aller là où les mots se dérobent, et ils se dérobent souvent !

 

L’écriture vous sert-elle de résilience ?

Mon livre est né d’un choc, d’une colère, d’un big bang personnel dont je ne pouvais pas ne rien faire. L’histoire devait se poursuivre, prendre une autre direction et l’écriture m’en a offert la possibilité. De destructrice, ma colère est devenue précieuse puisqu’elle m’a donné la force de dépasser mes appréhensions quant à écrire de manière suivie et construite. Alors oui, bien sûr, l’écriture me sert de résilience. Elle me sert à avancer avec mes failles et non contre elles. Après il y a une histoire de légitimité : une création à visée, au moins en partie, thérapeutique en est-elle vraiment une ? tout dépend de ce que l’on réussit à faire, j’imagine.

 

Quelle est la question jamais entendue que vous rêveriez que l’on vous pose ?

Je vous arrête tout de suite : j’ai déjà suffisamment de mal avec celles qui me sont posées !

 

Pensez-vous qu’écrire c’est vivre la réalité de son imagination ?

C’est certainement donner corps à son imagination, l’incarner.

 

Quel est votre roman préféré ?

Ce qui me vient spontanément : Les années d’Annie Ernaux. Fresque magnifique, bien que concise au regard du sujet, sur les époques traversées par l’auteure. Je trouve qu’elle cerne avec beaucoup d’acuité ce qui caractérise les périodes qui se sont succédé depuis la deuxième guerre mondiale. Elle a su également, et cela s’applique à tous ses écrits, faire ressortir la dimension singulière d’un parcours (relativement) ordinaire. Enfin, j’admire la précision et le dépouillement de son style : il n’y a rien d’inutile dans son écriture et cela me séduit.

 

Quel est votre pire souvenir lors d’une dédicace ?

Je n’ai pas encore eu l’opportunité de faire une dédicace mais je ne suis pas pressée d’avoir de mauvais souvenirs !

 

Quel est votre genre préféré lors de vos compositions ?

Le récit autobiographique (quelle surprise !), genre pas toujours estimé bien qu’il y en ait de très bons. Dans cette recherche de mise à nu qu’est pour moi l’écriture, l’autobiographie va de pair avec la sincérité, seul moyen que j’ai trouvé pour espérer écrire juste. Car c’est en étant sincère que je crois pouvoir aller au fond des choses et être en mesure de toucher un lecteur. Même si je me doute bien qu’il ne suffit pas de mettre ses tripes sur la table pour produire un texte acceptable. Je vais y réfléchir. Peut-être même irai-je lutiner du côté de l’autofiction…

 

Qu’attendez-vous de vos ouvrages ? De vos lecteurs ?

De mes ouvrages, j’attends d’avoir moi-même envie de les lire ! C’est seulement si j’estime qu’ils tiennent la route que je peux leur donner une chance de rencontrer un public. Quant aux lecteurs, j’espère qu’ils seront quelques-uns à trouver dans mes textes une voix qui leur parle.

 

Si vous deviez dire un mot pour vos lecteurs, quel serait-il ?

Merci, tout simplement. Merci d’avoir eu, parmi toutes les sollicitations, la curiosité de m’accorder un peu d’attention. Et merci à vous Erwan, de m’avoir ainsi donné la parole !

 

 

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June 13, 2019

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