Interview : Vicky Ouk

19/06/2018

Pouvez-vous vous présenter en tant qu’écrivain ?

Je m’appelle Vicky Ouk, je suis d'origine Cambodgienne. J'ai grandi et connu le Cambodge de Pol Pot. J'ai été accueillie en mai 1981 en France après la guerre perpétrée par les Khmères rouges. Depuis toute petite la lecture m’intéresse alors qu’on ne m’a pas permis d'être scolarisée à cause de la guerre. Lorsque je suis arrivée en France j'avais 12 ans, en pleine adolescence. Effectivement l'adolescence devrait être l'âge où les hormones sont en ébullition. Il se trouve que la déportation change le comportement d'une personne. Et moi j'ai vécu mon adolescence comme un âge de raison. Le génocide a évidemment volé mon enfance et modifié mon parcours. J'ai enfoui au fond de moi une certaine amertume, mais je ne me suis jamais révoltée ni pendant mon adolescence ni à l'âge adulte. Mon cœur s'est certainement rasséréné en se réfugiant dans l’écriture et la peinture, sans oublier les autres passions tels que le piano, et la botanique. Je pense que j'ai toujours fait la paix avec moi-même. C'est la raison pour laquelle mon livre est raconté comme une ballade.

 

Comment êtes-vous entrée dans le milieu littéraire ?

Une fois la page noire tournée, les douloureux souvenirs s'imprégnaient dans mon esprit. Alors j’ai écrit ma mémoire dans mon journal intime en 1981. Mais, ce n'est qu'en 2013 que j'ai relu mon journal. Ce dernier était resté depuis lors dans mon sac d'écolière. Alors je l'ai fait voir à ma petite sœur Flo qui a été la première lectrice remarquable touchée par mon témoignage. J'ai écrit mon livre par devoir de mémoire envers ma famille. C'est avec une joie respectueuse et une grande humilité que je transmets cette histoire appartenant à l'un des événements les plus dramatiques du 20e siècle : Le génocide par les Khmers rouges. Dès La première publication, le livre a rencontré un succès immédiat. La deuxième édition est apparue en Avril 2017.

 

Pouvez-vous nous présenter vos livres ?

« La rosée matinale, mon enfance au temps de Pol Pot » en auto-éditée dans lequel j’ai inséré une vingtaine de mes aquarelles. C’est un magnifique récit d’une tranche de vie douloureuse vu au travers les yeux d’un enfant, aimant tellement la nature et la vie. C'est très touchant et tellement riche de réflexion et d'amour. C'est avec beaucoup de pudeur que je vous retrace une balade heureuse durant cette tranche de vie atroce. Mes toiles se reposent essentiellement sur la nature. J'ai fait abstraction de l'atrocité et me suis réfugiée dans la beauté de la nature. Depuis toute petite avant que cette guerre m'ait happée, j'étais déjà amoureuse de la nature. En définitive, pendant le génocide, j'étais finalement plus chanceuse que les autres enfants. J'étais commise de cuisine. Je m'occupais de cueillettes. J'étais donc en contact avec la nature. Cela m'a permise de me distraire et d'être moins confrontée aux labeurs difficiles.

 

Pouvez-vous nous parler, et présenter vos projets futurs ?

Je suis en train de vivre mes projets... écrire des livres avec des illustrations pour enfants. Un jour j’ai fait un grand portrait de tous les peluches de mon fils et cela m’a beaucoup amusé en imaginant des contes pour lui. Je suis quelqu’un de très joyeuse et j’aime rire. Quelque part j’ai toujours cette âme d’enfant et je ne voudrai pas l’effacer. Je me sens investie au projet que le portrait rigolote m’a mis sur ma route. Pourquoi pas ! Cela changera de mon témoignage.

 

Quelles sont vos motivations à écrire des histoires ?

L’art, la poésie, les liens sociaux... l’art est beau, car les gens et la nature y vivent. Les artistes ne faisant que production. Mon jardin secret, je le transforme en musique, en écriture et en images afin de pouvoir exprimer ma joie. Je les partage en totale harmonie avec ma foi qui est selon moi, la base de toutes choses. Sans elle, la vie n'a pas de sens.

 

L’écriture, vous sert-elle de résilience ?

Oui ! Ouvrir mon cœur pour écrire et partager mon histoire était une vraie épreuve. Car au fond de mon être je voulais me taire et ne plus jamais me souvenir de cette atrocité. Afin que ce cauchemar cesse de me hanter pendant mes nuits je dois me forcer de dire « stop » tout en écrivant... En peignant des toiles que je me libère en quelque sorte de mon cauchemar.

 

Quelle est la question jamais entendue que vous rêveriez que l’on vous pose ? (Écrivez-la et répondez-y)

Voudriez vous réaliser un film à partir de votre histoire ? En pensant aux lecteurs qui, fermant ce beau et tragique livre, je fais le rêve, qu'à l'ère d'internet, ils (ré)écoutent l'émission 'affaires sensibles' sur France inter du 21 septembre 2016, qu'ils visionnent le court reportage de Peter Hercombe (Cambodge, l'impossible vérité), qu'ils s'intéressent aux travaux de Pierre Bavard (Cambodge, le génocide effacé)...Et ce ne sont que des pistes arbitrairement proposées parmi une multitude pour rappeler l'histoire des hommes...

 

Pensez-vous qu’écrire c’est vivre la réalité de son imagination ?

Oui, tout à fait ! Lorsque je suis envahie par une profonde mélancolie et que mes paroles ne pourront plus être exprimées, les mots coulant plus facilement au bout de mon plume afin de retranscrire mes pensées intérieures. Écrire permet de rendre les belles choses ou faire vivre ses sentiments les plus fous. Dans tous les domaines artistiques, les auteurs ont besoin d’écrire pour faire vivre son imagination, pas de poète sans mots, pas de musiciens sans notes, et pas l’art sans homme... ! Les mots pourront tout exprimer!

 

Quel est votre roman préféré ?

Raison et Sentiments de Jane Austen.

 

Votre pire souvenir lors d’une dédicace ?

En général cela se passe très bien lors de mes dédicaces, sauf une histoire qui m’est arrivée récemment à la terrasse de la Maison Alfort : Avec un groupe de personnes âgées dont trois dames qui avaient acheté mon livre. Une de ces dames m’avait donné un billet de 20 euros. Au moment de me rendre la monnaie je ne trouvais plus le billet. Je restai bouche bée croyant que le monsieur auprès de qui j’étais assise, le rangeait par erreur avec ses monnaies apportés par le serveur. Alors je lui ai dit : "Pardonnez-moi monsieur je ne trouve plus le billet, peut-être l’auriez-vous rangé par erreur avec votre monnaie ? " Et il m'a hurlé sans pitié. J’avais beau cherché partout en retournant les livres, sous la table... impossible de le retrouver. En fait, le billet était collé derrière la couverture. J’ai du lui demander pardon au moins 10 fois. Et j’ai offert le livre à son amie.

 

Quel est votre genre préféré lors de vos compositions ?

La poésie

 

Qu’attendez-vous de vos ouvrages ?

Je voudrais que mon ouvrage puisse être traduit en langues étrangères car il y a beaucoup de mes amis anglais qui aimeraient le lire. Sinon, je n’attends rien de mon ouvrage car tout ce que je voulais, je l'ai réalisé. De bouche à oreilles mon livre fait son chemin, de plus en plus les gens le lisent, et il continue à toucher des cœurs. Je suis très heureuse d’avoir de très bon retour de la part des lecteurs et lectrices. Engagés dans leurs émotions, ils m'ont écrit et m'ont envoyé des lettres de remerciements pour cette balade revigorante vécue en pleine période noire.

De vos lecteurs ?

Qu’ils se souviennent de moi ! Lors des mes séances de dédicaces, j’ai pu rencontrer des gens formidables et la plupart d’entre eux sont devenus mes amis. C'était un plaisir et une joie de passer un instant d'humanité sincère. Les belles rencontres sont des instants de vie qu'ils seraient tristes de rater ou d'ignorer.

 

Si vous deviez dire un mot pour vos lecteurs, quel serait-il ?

Merci du profond de mon cœur pour l’intérêt que vous portez à mon livre. Vous avez été nombreux à m’écrire et m’encourager. Donc c'est grâce à vous, mes chers lecteurs et mes chères lectrices qu'une seconde édition a vu le jour. Et ceci avec davantage d’émotions et d’enthousiasme. C’est avec une joie respectueuse que je m’associe à la diffusion de mon livre dans cette époque d’intolérance renaissante. Ceci en accord avec ma volonté militante que je voie comme un devoir. Même si ces quelques lignes ne sont qu’une goutte d’eau. Et merci encore ! Vous pourrez me trouver via Facebook : la rosée matinale de Vicky Ouk où vickyartistepeintre.wordpress.com

 

 

 

 

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June 13, 2019

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